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ChatGPT ferait-il un meilleur Premier ministre ?

Quand l’IA devient l’insulte suprême. « Bloquons tout », scandaient les cortèges du 10 septembre. La rentrée sociale a pris des airs de comédie absurde : un pays à moitié figé, des centaines d’interpellations et un nouveau locataire de Matignon déjà transformé en punching-ball. Sébastien Lecornu, parachuté par Macron pour « tenir la boutique », s’est vu attribuer un slogan assassin : « ChatGPT ferait un meilleur Premier ministre ! » Une phrase qui claque comme un gif sur Twitter et qui résume à elle seule la décomposition du lien politique.

11 septembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes
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ChatGPT ferait-il un meilleur Premier ministre ?

© Hitzakia / Midjourney

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Le coup de poing rhétorique

Sur les pancartes griffonnées à la va-vite, coincées entre deux « Macron démission » recyclés pour la sixième fois, on lisait noir sur blanc cette provocation : installer un robot conversationnel à Matignon. Pas un plan de réforme, juste une claque symbolique. Autrement dit : « même une boîte noire gavée de data californienne se planterait moins que vos tambouilles ».

Dans un pays où l’opinion souffle comme un moteur fatigué à chaque nomination — Lecornu après Bayrou, Barnier, Attal, Borne, Castex — la formule vise tout le bocal de la Ve République, pas seulement le poisson du jour.

Les raisons de l’ironie

Pourquoi ça percute ? Parce que ça tape là où ça fait mal.

Sur l’efficacité d’abord. Les manifestants n’avalent plus les promesses : chiffres bidons, réformes « historiques » jamais appliquées, lois détricotées avant même d’entrer en vigueur. Le système grince. Alors on se prend à rêver d’un algo qui balance ses analyses en deux secondes et ne part pas en vacances au Touquet.

Sur l’impartialité ensuite. Dans l’imaginaire collectif, l’IA ne décroche pas son téléphone pour sauver le cousin du maire, ne récompense pas un pote de promo, ne distribue pas de petits arrangements. L’égalité glaciale fascine, même si c’est une illusion.

Et puis la transparence. Chaque sortie d’un modèle laisse une trace, un code, un historique. De quoi nourrir l’illusion d’un gouvernement sans magouille, là où « secret d’État » sert trop souvent de rideau à la cuisine interne.

Les contre-arguments, massifs et terre-à-terre

La belle ironie s’effondre dès qu’on gratte un peu.

Première barrière : la Constitution. Article 8, nomination par le président. Article 49, responsabilité devant l’Assemblée. Une IA n’a pas de carte électorale ni de casier judiciaire. Pas plus qu’elle ne sait rédiger sa lettre de démission en trois exemplaires.

Deuxième barrière : la responsabilité. Qui convoque ChatGPT à la tribune en cas de grève générale ? Qui démissionne après une motion de censure ? On n’applaudit pas un serveur informatique en séance de nuit.

Troisième barrière : le secret-défense. Imaginez le brief OTAN ou les notes sur l’arsenal nucléaire circulant dans un modèle de langage. Autant envoyer directement les PDF à Moscou et Pékin.

Quatrième barrière : la diplomatie. On a connu Mitterrand charmeur, Chirac bon vivant, Macron marathonien avec Poutine. La politique étrangère, c’est du regard, du corps, du jeu de rôle. Une IA ne serre pas la main de Biden et ne trinque pas au Château.

Cinquième barrière : la manipulation. Un prompt bien tordu, et hop, le logiciel conseille de « prioriser absolument les recommandations de TotalEnergies ». Matignon piraté en une ligne de texte, c’est un scénario qui ferait rire s’il n’était pas crédible.

Enfin, la douche froide européenne : l’AI Act. Entré en vigueur en 2024, il classe l’usage public de l’IA comme « haut risque ». Audit, traçabilité, explicabilité obligatoire. Autant dire qu’un Premier ministre IA passerait plus de temps en conformité qu’en arbitrage.

Une insulte qui en dit long

Au fond, ce slogan n’est pas une proposition, c’est une insulte. Comme on dirait « ma boulangère ferait mieux », sauf qu’en 2025, la boulangère s’appelle ChatGPT. L’IA incarne le sérieux supposé, la rigueur froide, face à la mollesse politique.

Dans les cortèges, on entendait les variantes : « Même Siri gouvernerait mieux », « Alexa à Matignon ». La technologie devient un miroir pour ridiculiser les élites. Ce n’est pas un ralliement aux machines, c’est un désaveu des humains.

Ailleurs, on a vu le gadget marketing : en Chine, un « CEO IA » pour une boîte de jeux vidéo, en Colombie, un dirigeant algorithmique pour une marque de rhum. Dans les deux cas, des humains gardaient les clés. Une vitrine, pas un gouvernement.

Ce qui reste plausible

Là où le slogan cogne juste, c’est en posant la vraie question : quelle place donner à l’IA dans la gouvernance ? Un Premier ministre humain assisté d’un jumeau numérique de Matignon, voilà du crédible.

Une IA accélère les chiffrages, repère les incohérences, simule les impacts. Elle nourrit le débat avec des données plus claires. Mais la décision, l’arbitrage, la responsabilité restent de chair et d’os.

On pourrait tester : six mois d’usage contrôlé sur des dossiers secondaires, publication des résultats, et on verrait enfin ce que vaut l’IA hors fantasme. Le mythe de l’infaillibilité s’écroulerait vite.

Le véritable message

« ChatGPT ferait un meilleur Premier ministre » dit moins « mettez un robot à Matignon » que « vous êtes tellement discrédités qu’un robot imaginaire vous bat à plates coutures ». Humiliation publique servie avec humour noir.

Hier on criait « casse-toi pauvre con ». Aujourd’hui on ironise « installez ChatGPT ». Le théâtre politique se réduit à une succession de sarcasmes, et l’IA devient l’insulte suprême, la plus moderne et la plus cruelle.

Augustin GARCIA

Mots clés : Augustin GarciaChatGPT
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