Pendant longtemps, l’outil a tenu son rôle. Rédaction rapide, structuration d’idées, capacité d’autocritique, aide à la reformulation. Dans un métier où le temps manque et où chaque mot engage, l’adoption a été immédiate.
Puis quelque chose s’est dégradé. Au fil des mises à jour, une instabilité s’installe. Des consignes qui disparaissent en cours de session. Des documents qu’il faut renvoyer plusieurs fois. Des erreurs qui apparaissent là où la rigueur dominait auparavant. À plusieurs reprises, j’ai dû renvoyer un même document trois fois dans la même session pour obtenir une réponse exploitable.
Sur un usage ponctuel, ces défauts restent supportables. Dans un cadre professionnel, ils désorganisent tout.
Quand l’outil ne suit plus
La question ne se limite pas à la qualité des réponses. Elle touche à l’intégration dans un workflow réel. Une journée en relations presse ne se découpe pas proprement. Tribune le matin, pitch l’après-midi, relecture critique en urgence. Chaque production obéit à ses propres règles, à ses contraintes éditoriales, à son niveau d’exigence.
Pour répondre à cette diversité, j’avais construit un système de GPTs personnalisés. Un assistant pour la rédaction de tribunes, un autre pour le titrage SEO, un troisième pour la relecture critique.
Sur le papier, l’ensemble fonctionne. Dans la pratique, tout se fragmente. Trois fenêtres de conversation ouvertes, trois logiques distinctes, aucun continuum. À chaque passage d’un GPT à l’autre, le contexte disparaît. Les instructions ne circulent pas. Il faut réexpliquer, reformuler, reconstruire.
Le gain de qualité existe, mais au prix d’une perte de fluidité permanente. L’assistant devient une suite de guichets.
Changer de logique
Le basculement ne vient pas d’une fonctionnalité, mais d’une autre approche. Je me suis tourné vers Claude, développé par Anthropic, pour répondre à un problème très concret.
Avec Claude, les différentes tâches cohabitent dans un même espace de travail. Rédaction, relecture, optimisation s’enchaînent sans rupture. Les consignes restent actives. Le contexte persiste.
Concrètement, une tribune peut être écrite, critiquée puis optimisée dans le même fil, sans jamais repartir de zéro. La différence tient à un choix de conception. Le problème n’est pas seulement technique. Il tient à une architecture qui traite chaque interaction comme un échange isolé, là où les usages professionnels exigent de la continuité.
ChatGPT segmente les usages. Claude accompagne un flux de travail.
Une question de confiance
Dans les relations presse, l’IA générative a déjà trouvé sa place. Le sujet ne porte plus sur son adoption, mais sur sa fiabilité. Un outil instable ajoute une couche de vérification. Il ralentit au lieu d’accélérer. Il introduit du doute dans des tâches qui exigent de la précision.
Ce constat dépasse largement les relations presse. Dans les agences, les rédactions ou les équipes communication, la même exigence émerge. À l’inverse, un système fiable s’impose naturellement, même moins spectaculaire.
Aujourd’hui, je ne cherche plus l’outil le plus impressionnant. Je cherche celui qui ne me lâche pas.
Rien n’est figé pour autant. Si une future version de ChatGPT venait à proposer une gestion du workflow réellement continue, avec maintien du contexte et intégration des outils dans un même espace, la question se poserait à nouveau. Le sujet n’est pas l’outil en lui-même, mais sa capacité à suivre des usages professionnels complexes sans rupture. Dans ce cas, je regarderai de nouveau. Pas par fidélité, mais par exigence.
Bruno SANVOISIN
Co-président du SYNAP















