Du désert mécanique au salon des années 30
Avant l’autopsie, retour sur la scène du crime. Le point de départ est un prompt très codé « science-fiction ». Un désert ravagé, des mechs en décomposition, un récupérateur solitaire, une tempête approchante. Tout repose sur une logique claire. Monde spectaculaire, mouvement de caméra, événement climatique, liste VFX précise. Le langage appartient au blockbuster.
A desert wasteland filled with decaying mechs and overgrown cables. The camera follows a scavenger wearing goggles as they climb through a rusted robot head. Lightning flashes in the distance, illuminating a sandstorm approaching fast. VFX: wind simulation, sand particle systems, metallic textures, dynamic lighting flashes.
Analyse initiale. Ce prompt fonctionne parce qu’il empile trois briques lisibles par une IA visuelle.
- Un décor immédiatement identifiable
- Une action suivie par la caméra
- Une perturbation extérieure qui crée la tension
La météo et la lumière servent de moteur dramatique. Le sable remplace la narration.
Deuxième étape : la transposition avec comme objectif, celui de garder la mécanique sans garder l’univers. On remplace la menace physique par une inquiétude domestique. Le désert devient un intérieur. Le métal rouillé devient du bois verni. La tempête reste, mais elle agit désormais comme une pression invisible autour de la maison.
La scène obtenue. Une maison cosy des années 30, éclairée par une lampe chaude. Une femme traverse le salon avec une tasse de thé. La caméra la suit. Une pièce fermée depuis longtemps. Une radio ancienne grésille. Le vent soulève les rideaux. Un éclair révèle brièvement des photographies dont les visages semblent changer.
Même squelette narratif. Nouveau langage émotionnel. C’est précisément là que commence l’autopsie.
Rapport d’autopsie n° 2026-02-21
Prompt examiné :
A cozy 1930s house interior, warm lamplight illuminating floral wallpaper and dark wooden furniture, the camera slowly follows a woman carrying a steaming teacup as she enters a long-closed room, dust floating in the air, an old radio emitting static, curtains trembling from an incoming storm, lightning flashes briefly revealing altered faces in vintage photographs.
- Identification
Type : Prompt narratif cinématographique.
Fonction : Créer une scène lente où l’atmosphère remplace l’action.
Transformation observée : Un prompt spectaculaire converti en tension psychologique sans modifier la structure profonde.
- Anatomie générale
Organisation en couches successives.
Ancrage visuel : cozy 1930s house interior
Installation émotionnelle : warm lamplight
Mouvement narratif : camera slowly follows
Point de bascule : long-closed room
Contamination progressive : poussière, parasites radio, vent
Révélation finale : éclair + anomalie visuelle
Le prompt raconte déjà une histoire avant même l’image.
- Analyse comparative avec le prompt désertique
Élément | Désert mécanique | Maison années 30 |
Décor | Wasteland ouvert | Intérieur fermé |
Personnage | Survivant actif | Présence fragile |
Danger | Tempête physique | Trouble perceptif |
Matière dominante | Métal et sable | Bois, tissu, poussière |
Effet clé | Simulation vent et particules | Lumière et révélation |
La mécanique reste identique. Seul le type de peur change.
- Lecture sémantique
Champs dominants :
- Mémoire : 1930 s, vintage, photographs
- Chaleur trompeuse : cozy, warm
- Dérèglement : static, trembling, lightning
Le prompt crée un contraste constant entre refuge et menace.
- Lecture cinématographique
Le mot le plus important est ni cozy ni storm, mais follows. Dès cet instant, l’IA cesse de produire une illustration. Elle simule une mise en scène. Le temps entre dans l’image. La lenteur devient un outil narratif. Plus rien n’explose. Tout glisse.
- Point critique
L’erreur classique consiste à ajouter un monstre ou une apparition. Ici une seule anomalie suffit. Des visages légèrement différents. Le cerveau humain complète le reste. L’IA génère la suggestion, le spectateur fabrique la peur.
- Cause du décès
Le réel a été contaminé progressivement jusqu’à perdre sa stabilité. Aucune rupture brutale. Seulement une accumulation de détails incompatibles.
- Version optimisée issue de l’autopsie
Ultra-cinematic interior shot, slow tracking camera inside a cozy 1930s living room, warm tungsten lamplight casting soft shadows over floral wallpaper and polished dark wood furniture, a woman holding a steaming teacup entering a long-sealed room, floating dust particles visible in volumetric light, vintage radio emitting analog static, curtains moving under storm pressure, sudden lightning flashes revealing subtly changing faces in old framed photographs, cinematic depth of field, atmospheric tension, psychological horror tone.
Ce parcours montre une chose simple. Un bon prompt ne change pas quand on change d’univers. Il change quand on déplace la source de tension.
Ludovic CARLI














