Alors que les moteurs génératifs s’imposent comme nouveaux intermédiaires de l’information, une idée gagne du terrain : puisque les réponses sont produites directement par les machines, la médiation journalistique deviendrait marginale. Cette lecture est trompeuse. Le basculement en cours ne réduit pas le rôle des relations presse. Il le transforme — et le renforce.
La recherche par liens recule. La recherche par réponses progresse. Dans ce nouveau régime, il ne suffit plus d’être accessible ou bien référencé. Il faut être jugé crédible par les moteurs génératifs. Or ces systèmes ne produisent pas de savoir autonome. Ils recomposent des réponses à partir de contenus existants, qu’ils hiérarchisent selon des critères clairs : fiabilité des sources, cohérence des informations, autorité éditoriale. Autrement dit, ils dépendent entièrement de la qualité de l’écosystème informationnel.
Selon les dernières prévisions du cabinet Gartner, l’adoption massive des grands modèles de langage publics comme alternative aux moteurs de recherche traditionnels devrait pousser les organisations à doubler leurs budgets de relations presse et de médias acquis d’ici 2027, une hausse directement liée au rôle central des contenus tierce partie dans les réponses générées par l’IA. Dans ce cadre, plus de 95 % des liens cités par ces moteurs proviennent de contenus non payés, dont près de 27 % issus de médias earned, les formes les plus appréciées par ces systèmes lorsqu’il s’agit de crédibilité et d’autorité dans une réponse générée.
C’est précisément à cet endroit que les relations presse retrouvent une centralité stratégique. Communiqués structurés, interviews contextualisées, tribunes signées dans des médias identifiables : les RP génèrent des contenus particulièrement compatibles avec les logiques des moteurs génératifs. Non pour des raisons techniques, mais parce qu’ils sont vérifiés, sourcés et portés par des tiers légitimes.
Les contenus propriétaires ne disparaissent pas, mais ils ne suffisent plus à structurer la manière dont une organisation est comprise, décrite ou mobilisée dans les réponses générées. Ce rôle est désormais largement assuré par des contenus éditoriaux tiers — articles, analyses, prises de position — produits ou rendus possibles par les relations presse.
La crédibilité devient une donnée stratégique
Réduire le Generative Engine Optimization à un sujet purement technique est une erreur d’analyse. Les modèles génératifs pondèrent les sources. Ils privilégient les médias reconnus. Ils recoupent les informations. Ils pénalisent les discours incohérents. La technique est un prérequis. La crédibilité est le facteur différenciant.
Contrairement à une idée répandue, ces mécanismes ne profitent pas uniquement aux acteurs dominants. Les IA ne recherchent pas la notoriété brute, mais la clarté et la constance des récits disponibles. Une organisation absente des médias crée un vide informationnel — un vide que les moteurs génératifs comblent mal. À l’inverse, une présence presse régulière, incarnée et structurée stabilise la manière dont un acteur est décrit, comparé et recommandé.
La part de voix devient une donnée tactique
Dans l’univers des moteurs génératifs, la part de voix médiatique cesse d’être un simple indicateur d’image. Elle devient un signal structurant (50% des éléments considérés pour la réponse proviennent des signaux presse). Plus une organisation est citée dans des médias de référence, plus elle augmente ses chances d’apparaître — correctement — dans les réponses générées.
Cela impose un changement de posture. Multiplier les prises de parole creuses affaiblit le signal. Les discours consensuels se diluent. Journalistes comme IA privilégient désormais des positions assumées, des expertises identifiables, des analyses capables de résister à la synthèse. L’opinion incarnée et l’expertise opérationnelle redeviennent des avantages compétitifs.
Le GEO ne remet pas les relations presse au centre par nostalgie. Il le fait parce qu’il révèle leur fonction essentielle : produire de la confiance dans un environnement saturé de contenus générés.
À l’ère des moteurs génératifs de réponses, les relations presse ne sont plus une lubie du Président ou du DirCom, elles constituent l’infrastructure invisible de la crédibilité. Les ignorer, c’est accepter que son identité publique soit définie par défaut — par des agrégations approximatives ou par des machines mal informées. Mais surtout que vos concurrents se positionnent devant vous.
Frédéric PAILLON
Associé chez Influactive













