Pendant des mois, le débat sur l’impact de l’IA sur le SEO s’est enfermé dans des chiffres. ChatGPT capterait 2 à 3 % du trafic mondial, Google continuerait de traiter plus de 14 milliards de requêtes par jour, les moteurs resteraient dominants dans les usages. Tous ces indicateurs sont exacts. Et pourtant, tous passent à côté du sujet. Le véritable bouleversement n’est pas une redistribution du trafic. C’est une disparition de l’intention de visiter.
L’IA ne capte pas le trafic : elle supprime la visite
La logique même de recherche est en train de s’effondrer. Plus besoin de naviguer, de lire, de comparer : l’information est livrée, synthétisée, dans l’interface où l’utilisateur travaille déjà. Stack Overflow en offre une illustration brutale. Le site n’a pas été concurrencé : il a été rendu inutile. En janvier 2026, le volume de questions posées est revenu au niveau de 2008. Dix-sept ans effacés, sans combat.
Ce basculement n’est pas technologique. Il est culturel. Le flux d’action a été dégraissé : chercher, cliquer, lire, comprendre, adapter, implémenter. Ce parcours est remplacé par un enchaînement bien plus court : demander, valider, continuer. Quatre étapes supprimées. Autant d’occasions de visite en moins.
Les signaux étaient visibles. Le zéro clic, déjà majoritaire sur Google, a été un prélude. Avec les AI Overviews, c’est désormais la recherche elle-même qui disparaît. L’utilisateur ne quitte plus l’interface où il pose sa question. Et là, Google s’efface. Avec lui, l’intégralité d’un écosystème fondé sur le clic.
Le contenu utilitaire devient invisible
Les développeurs sont les premiers touchés. Pas parce qu’ils seraient spéciaux, mais parce qu’ils ont adopté plus vite. 84 % utilisent déjà l’IA au quotidien, 46 % du code est généré automatiquement, et les nouveaux venus apprennent directement dans des interfaces conversationnelles. Ils ne perdront donc rien. Et ne reviendront pas.
Le contenu utilitaire est le premier à tomber : guides, tutoriels, FAQ, comparatifs simples, réponses aux questions génériques. L’IA les traite plus vite, sans scroll, sans friction, sans publicité. Là où le SEO réclamait des volumes, du maillage, de l’optimisation technique, il n’y a plus besoin que d’une bonne formulation. Le contenu n’est plus une porte d’entrée : il devient une commodité.
L’attention ne passe plus par le clic
Pour autant, tout ne s’efface pas. Les sources primaires, les données originales, les retours d’expérience réels, les contenus engageants, les communautés humaines résistent. Reddit progresse, parce qu’on ne peut pas halluciner une expérience vécue. L’IA la cite. C’est une différence majeure.
Le SEO du futur ne vise plus le clic. Il vise la citation, la reconnaissance, la mémorisation. La visibilité devient indirecte : on ne gagne plus par la position, mais par la légitimité. Les IA citent ce qu’elles jugent crédible. Pas ce qui est bien référencé.
L’E-E-A-T, longtemps cosmétique, devient réel. Sans véritable expérience, le contenu n’a plus de valeur. Un test jamais mené disparaît. Une analyse non vécue se dilue. Une opinion sans identité se fait résumer.
Le paradoxe du modèle
C’est là tout le paradoxe. L’IA a besoin du web. Mais son usage en réduit la pertinence économique. Moins de visites, donc moins de revenus, donc moins de contenu frais. Stack Overflow n’est qu’un symptôme. Il y en aura d’autres.
La question n’est plus comment optimiser. La question est : pourquoi exister ? Tout contenu réductible, aspirable, synthétisable sans perte de valeur est condamné. Seul ce qui repose sur une expérience humaine singulière, incarnée, créera encore de la valeur.
Le trafic de masse appartient au passé. L’attention médiatique, demain, ne se mesurera plus en clics.
Sébastien GRILLOT





















