À force d’ajouter une interdiction après chaque réponse décevante, les consignes finissent parfois par raconter l’histoire de nos frustrations. Certaines se contredisent : « sois exhaustif » côtoie « réponds brièvement » ; « prends des initiatives » voisine avec « demande toujours mon accord ».
Dans un billet publié le 11 septembre 2026, OpenAI invite précisément à réexaminer les instructions utilisées avec GPT‑6 Astra. L’entreprise vise notamment les procédures trop détaillées, les règles contradictoires et les arrêts prématurés. Le texte concerne surtout Codex, les agents de programmation et leurs fichiers de consignes. Il fournit un point de départ pour réfléchir aux usages de ChatGPT, sans démontrer un gain automatique pour chaque utilisateur.
Pourquoi Astra donne une raison de faire le tri
OpenAI décrit Astra comme plus attentif aux instructions que ses prédécesseurs, mais aussi plus sensible aux indications ambiguës ou contradictoires. Le modèle sollicite davantage de précisions lorsqu’une réponse pourrait modifier le résultat. Il tend également vers des productions détaillées, avec listes, tableaux et mise en forme.
Ces tendances éclairent trois réglages utiles : quand poser une question, quelle forme donner à la réponse et jusqu’où poursuivre le travail. « Aide-moi à préparer ce dossier » laisse une large place à l’interprétation. « Livre une première version complète, puis indique les informations restant à confirmer » définit déjà un résultat vérifiable. La qualité du cadrage se juge dans la réponse obtenue.
Séparer les habitudes, le projet et la demande du jour
La documentation de ChatGPT réserve les instructions personnalisées aux préférences à suivre d’une conversation à l’autre, par exemple le style de réponse. Les projets disposent aussi de leurs propres consignes. La mémoire conserve, de son côté, du contexte issu des échanges. Ces mécanismes ont des fonctions distinctes.
Pour organiser ses demandes, nous proposons trois niveaux. Le premier rassemble les attentes durables : langue, ton, rigueur, traitement des incertitudes. Le deuxième décrit le travail récurrent : charte d’un média, structure d’une fiche pratique, conventions d’un dossier. Le troisième précise la mission immédiate : sujet, destinataire, angle, longueur et fichiers à livrer.
Cette séparation facilite les exceptions. Une préférence pour les réponses courtes ne devrait pas faire raccourcir un article demandé en 1 200 mots. Vérifier l’actualité et corriger la ponctuation d’un texte fourni exigent également des démarches différentes. Il faut préciser le champ d’application des règles.
Remplacer les adjectifs par des critères observables
« Excellent », « professionnel » ou « approfondi » expriment une attente, sans indiquer comment l’évaluer. Une consigne exploitable décrit le contenu, la structure ou les preuves attendues. Les exemples suivants sont des propositions de réécriture ; ils ne constituent pas les résultats d’un test comparatif.
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Consigne vague ou trop générale |
Réécriture à essayer |
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« Sois exhaustif. » |
« Traite les conditions d’accès, les usages et les limites. Hiérarchise les informations pour un lecteur débutant. » |
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« Écris dans un style journalistique. » |
« Ouvre sur le fait principal. Développe des paragraphes articulés et attribue les affirmations contestables. » |
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« Vérifie tout. » |
« Vérifie les noms, dates, chiffres et conditions d’accès dans des sources pertinentes. Signale les éléments non confirmés. » |
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« Fais un article et une image. » |
« Livre le texte complet et un visuel WebP de 1140 × 570 pixels, avec aperçu et lien de téléchargement. » |
Un extrait du style attendu complète ces critères. Précisez les qualités à reprendre : progression de l’argument, longueur des paragraphes, place des exemples. Cela aide à distinguer les attentes générales des particularités du texte fourni.
Définir les décisions que le modèle prend seul
Dans son guide, OpenAI recommande de préciser l’autonomie souhaitée et les conditions d’achèvement. Astra risque autrement de demander une validation ou de rendre la main à un stade où l’utilisateur attend encore du travail. Conseils sur l’initiative et la poursuite des tâches.
Pour une rédaction, une règle raisonnable consiste à autoriser l’organisation du plan et les transitions, tout en demandant une clarification si une ambiguïté change l’angle. Une information factuelle manquante doit rester signalée. La liberté de choisir une structure ne vaut pas autorisation de compléter une citation ou d’inventer un chiffre.
La frontière entre préparation et action mérite la même précision. Rédiger un courriel ne signifie pas l’envoyer ; préparer un article ne signifie pas le publier. L’autonomie attendue doit correspondre aux outils disponibles et aux actions effectivement autorisées. Définir cette frontière évite de multiplier les validations pendant la préparation tout en gardant la maîtrise de la diffusion.
Un socle de consignes à adapter
Voici une base rédactionnelle à compléter, pour chaque demande, par le sujet, le public et les contraintes particulières. Elle remplace les formulations équivalentes déjà présentes afin d’éviter un nouvel empilement.
Réponds en français, avec un style clair, précis et direct. Développe des paragraphes articulés ; utilise les listes et tableaux lorsqu’ils facilitent la lecture ou la comparaison. Distingue les faits établis, les interprétations et les informations manquantes. Pour une affirmation récente, consulte des sources fiables si la recherche est disponible ; sinon, signale la limite. N’invente aucune donnée ni citation. Avance sur les choix de forme courants. Demande une précision si une ambiguïté change l’objectif ou le contenu. Lorsque je commande un livrable, fournis la version complète et les fichiers demandés. Attends mon autorisation avant toute publication ou tout envoi externe.
Les exigences propres à une interview ou une enquête restent à formuler avec la commande concernée. Chaque ajout doit répondre à une difficulté identifiable.
Comparer le travail livré, puis conserver les réglages utiles
OpenAI rappelle que les réponses varient et recommande d’évaluer les consignes lors des changements de modèle. Une sortie convaincante ne suffit donc pas à valider une méthode.
Reprenez trois tâches réelles : une synthèse documentaire, une réécriture et une production avec fichier. Comparez les anciennes consignes aux nouvelles dans des conversations séparées, avec les mêmes documents, le même modèle et des paramètres de personnalisation comparables. Recommencez si un écart semble décisif.
Évaluez ensuite des résultats concrets : omissions, erreurs, respect du format, interruptions et temps de correction. Conservez une ancienne règle si sa suppression dégrade le résultat. Le bon réglage dépend du travail demandé ; une méthode efficace pour une synthèse rapide ne répond pas nécessairement aux exigences d’une enquête.
Une question reste sous la responsabilité de l’utilisateur : à quelles conditions le document sera-t-il jugé utilisable ? Pour un journaliste, cela engage la vérification, l’attribution et la qualité éditoriale. Réécrire ses consignes oblige à rendre ces exigences explicites. Leur respect se contrôle ensuite sur les pièces livrées, quelle que soit l’assurance du modèle.
Antoine GARCIA








