L’intelligence artificielle est déjà entrée dans les relations presse. Pour résumer un document, préparer une première version de communiqué, trouver des titres, analyser une actualité ou adapter un message à différents interlocuteurs, les usages se multiplient. Le problème commence lorsque le gain de vitesse devient le principal objectif.
Produire deux fois plus de communiqués inutiles ne constitue pas exactement une révolution technologique. C’est précisément le point de départ de Relations presse : L’IA en renfort, le guide que publie Bruno Sanvoisin aux Éditions Kawa. Sur 200 pages, l’auteur rassemble méthodes, exemples et prompts destinés aux professionnels des relations médias. La ligne directrice tient en six mots : « L’IA travaille. Vous gardez la main. »
Le vrai sujet n’est pas d’écrire plus vite
Depuis l’arrivée de ChatGPT et des autres IA génératives, une large partie des usages professionnels s’est concentrée sur la génération de texte. La tentation est compréhensible. Un outil capable de produire en quelques secondes un communiqué, dix objets de mail ou vingt accroches LinkedIn donne immédiatement l’impression d’un gain de productivité.
Mais le métier des relations presse ne consiste précisément pas à fabriquer du texte. Il consiste à identifier une information susceptible d’intéresser un média, à comprendre pourquoi elle mérite d’être traitée maintenant, à trouver le bon angle et à l’adresser à la bonne personne.
Bruno Sanvoisin situe l’IA à cet endroit. Son guide s’intéresse au travail qui précède et accompagne l’écriture : recherche d’angles, analyse d’un sujet, titres, personnalisation d’une approche ou préparation d’un communiqué.
La nuance change beaucoup de choses. Une IA utilisée comme machine à rédiger augmente surtout le volume. Utilisée comme outil de confrontation, d’analyse ou d’exploration, elle peut devenir une sorte de contradicteur permanent : quels angles n’avons-nous pas vus ? Où notre argumentaire est-il faible ? Quelle information manque ? Pourquoi un journaliste ouvrirait-il ce message ?
L’intérêt se trouve probablement davantage ici que dans le fameux bouton « rédige-moi un communiqué de presse ».
Quand l’IA rend les mauvaises pratiques encore plus faciles
L’autre conséquence de l’IA générative mérite davantage d’attention : elle abaisse spectaculairement le coût de production d’un mauvais contenu. Un communiqué générique ne demande presque plus de temps. Une relance vaguement personnalisée, non plus. Il devient techniquement possible d’envoyer davantage de messages, à davantage de journalistes, avec davantage de variantes.
Exactement l’inverse de ce dont les rédactions ont besoin. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir comment les professionnels des RP adopteront l’IA. Il faut aussi regarder comment cette automatisation transforme la relation entre communicants et journalistes. Plus les contenus deviennent faciles à fabriquer, plus la sélection, la pertinence, la vérification et la qualité de la relation prennent de la valeur.
Le paradoxe est intéressant : l’IA automatise une partie du métier tout en renforçant l’importance de ses dimensions les plus humaines.
Un praticien plutôt qu’un prophète de l’IA
Le profil de Bruno Sanvoisin explique en partie cette approche. Consultant et formateur, aujourd’hui co-président du SYNAP, il travaille depuis plus de vingt ans dans les relations publics et forme également des professionnels de la communication aux usages de l’intelligence artificielle. Le communiqué accompagnant la sortie du livre indique qu’il a lui-même développé plus d’une vingtaine de GPT spécialisés.
Le livre se présente donc moins comme une théorie générale sur l’avenir des RP que comme un guide de terrain. Méthodes, exemples, prompts : l’ambition est opérationnelle.
L’IA ne corrigera pas un mauvais angle
Au fond, L’IA en renfort pose une question qui dépasse largement les relations presse. À mesure que les outils génératifs deviennent accessibles à tous, où se déplace la valeur professionnelle ?
Probablement de la production vers le choix. Choisir le sujet. Choisir l’angle. Choisir ce qui mérite d’être envoyé. Choisir à qui. Vérifier les faits. Refuser parfois de communiquer.
Une IA peut proposer vingt titres. Elle ignore toujours lequel mérite réellement d’arriver sur le bureau d’un journaliste. Et dans un monde où chacun dispose désormais d’une machine capable de produire davantage de contenus, savoir ne pas envoyer le vingt et unième sera peut-être bientôt une compétence stratégique.
Bruno Sanvoisin, Relations presse : L’IA en renfort, Éditions Kawa, 2026.
Augustin GARCIA








