Un acteur a un agent. Un écrivain aussi. Une marque a un attaché de presse auquel elle demande parfois de trouver son positionnement, préparer son dirigeant, surveiller sa réputation et expliquer pourquoi son nouveau logiciel ne constitue pas la troisième révolution industrielle du trimestre. Le titre tient en trois mots. La fiche de poste déborde.
« Agent de marques » nomme une ambition précise : travailler la place qu’une entreprise occupe dans son environnement. Sur quels sujets apporte-t-elle quelque chose ? Qui a des raisons de l’écouter ? Quelles relations doit-elle entretenir ? Ces questions engagent ses choix, ses engagements et la manière dont elle les assume. Le professionnel des relations publics a de solides raisons de revendiquer cette responsabilité.
L’influence se construit dans la durée
Les relations publiques travaillent depuis longtemps l’influence. Le métier n’a pas attendu les créateurs de contenus pour chercher à éclairer un débat ou à faire reconnaître une expertise. Son avenir exige cependant d’articuler davantage les espaces où cette reconnaissance se forme : médias, communautés professionnelles, événements, plateformes et moteurs de recherche.
Un article, une recommandation d’expert et une vidéo de créateur n’apportent ni la même audience ni la même légitimité. L’agent de marques doit comprendre ces différences, choisir ses interlocuteurs et construire avec eux une relation. L’influence commence lorsqu’une parole compte dans la réflexion de quelqu’un. Le nombre de personnes exposées n’en donne qu’une indication très partielle.
Le parallèle avec l’agent d’artiste prend alors son sens. Il travaille une carrière, choisit les scènes, cherche les collaborations pertinentes et refuse certaines propositions. Une marque mérite cette attention à sa trajectoire. Accepter toutes les occasions de parler finit par rendre assez difficile la réponse à une question élémentaire : qu’a-t-elle de singulier à dire ?
Une marque doit aussi répondre de son portrait numérique
Cette responsabilité s’étend aux réponses générées par l’IA. Le 22 juillet 2026, Google a annoncé le lancement en France des AI Overviews, ses « Aperçus IA », et du Mode IA. Synthèses pour certaines recherches et exploration conversationnelle ajoutent un intermédiaire : l’internaute découvre une première réponse avant de consulter les sites proposés.
Pour un agent de marques, le sujet dépasse le classement dans un moteur. Il concerne le portrait de l’entreprise qui se dessine à partir des informations disponibles. Son expertise est-elle correctement décrite ? Ses offres sont-elles à jour ? Une affirmation commerciale apparaît-elle sans ses limites ? Google indique que ses réponses génératives s’appuient sur des pages de son index, avec des recherches complémentaires selon les questions.
Le suivi de cette présence doit donc intégrer les réponses consultées sans visite du site. Dans une étude américaine publiée en juillet 2025, Pew Research Center relève un clic vers un résultat classique dans 8 % des visites associées à une synthèse IA, contre 15 % sans synthèse. Cette observation ne mesure ni l’effet en France ni, à elle seule, une causalité.
Être nommé, cité comme source, recommandé ou correctement décrit reste toutefois très différent. L’agent de marques doit savoir qualifier ces situations. Une capture d’écran favorable constitue une observation ; la transformer en certificat d’influence demanderait un léger effort d’imagination commerciale.
Une annonce produit devient un travail de représentation
Prenons un cas fictif. Une PME commercialise des capteurs de qualité de l’air intérieur et prépare un lancement. La commande initiale tient en une phrase : obtenir des articles. Un agent de marques commencerait par préciser le sujet sur lequel cette entreprise apporte une expertise démontrable, les utilisateurs concernés et les preuves disponibles.
Il travaillerait avec les ingénieurs à documenter les mesures et leurs limites, puis avec un client volontaire à décrire un usage réel. Ce matériau nourrirait plusieurs relations : un échange avec un journaliste spécialisé, une démonstration avec un créateur compétent, une intervention devant des gestionnaires de bâtiments. Chaque interlocuteur conserverait ses questions, son format et son jugement.
En parallèle, l’équipe numérique actualiserait les fiches techniques, daterait les données et rendrait le protocole accessible. Le dirigeant serait préparé à répondre aux objections. L’agent suivrait ensuite les questions reçues, les descriptions reprises et les erreurs à corriger. Une demande de devis, une sollicitation d’expertise et une mention dans une réponse d’IA seraient observées séparément.
L’ensemble dessine un mandat cohérent : installer une compétence identifiable, en assurer la continuité et éprouver sa réception. Aucun spécialiste des RP n’a à réaliser seul toutes ces tâches. Il lui revient d’en relier les acteurs autour d’une même exigence de crédibilité. Voilà une fonction à défendre auprès d’un client.
La présence numérique engage la qualité des preuves
Une entreprise qui revendique une expertise doit entretenir les informations qui la rendent vérifiable. Activités, biographies, résultats, cas clients et prises de parole forment un ensemble. Une étude sans méthode ou trois chiffres contradictoires sur trois pages constituent déjà un problème pour un lecteur. L’IA ajoute un espace de circulation à ces fragilités.
Le GEO, pour « Generative Engine Optimization », désigne les démarches visant la visibilité dans les réponses génératives. L’agent de marques a intérêt à s’en saisir avec les spécialistes du référencement, en gardant une promesse mesurée. Google recommande des contenus utiles et originaux, fondés sur une expérience réelle, ainsi que les fondamentaux du SEO. Aucune apparition n’est garantie.
La presse conserve ici une valeur particulière : l’indépendance du regard. Un journaliste vérifie, choisit son angle et garde le droit de contredire l’entreprise. Le traiter comme un fournisseur de mentions pour les machines reviendrait à abîmer la relation dont on recherche les bénéfices. Une couverture éditoriale, un partenariat rémunéré et une publication de marque doivent rester clairement distingués.
Quand la rédaction accélère, le jugement prend de la valeur
L’IA intervient aussi dans le travail quotidien : préparer une synthèse de veille, comparer des formulations ou explorer des questions à partir de sources vérifiées. Sous contrôle humain, ces usages offrent une aide. Ils imposent surtout aux agences de mieux expliquer la valeur de leur intervention au-delà de la production de textes.
Repérer une information manquante, sentir qu’un porte-parole n’est pas prêt, comprendre une objection ou recommander de différer une annonce engage autre chose qu’une vitesse de rédaction. L’agent de marques apporte un jugement et en répond devant son client. Une relance automatisée reste une relance ; elle ne crée aucune raison supplémentaire de s’intéresser au sujet.
Les orientations déclarées par la profession soutiennent cette évolution. L’ICCO identifie le conseil stratégique, la réputation et les relations avec les influenceurs parmi les domaines de croissance de son World PR Report 2025–2026. Ce signal décrit une direction, sans imposer un métier unique à toutes les agences.
Le mandat doit inclure le droit de contredire
Cette ambition réclame une place dans les décisions. Impossible de travailler sérieusement la réputation d’une entreprise en découvrant sa stratégie dans un communiqué déjà validé. L’agent doit accéder aux informations, discuter les promesses et alerter lorsque les actes fragilisent le discours. Le client conserve la décision ; le conseil doit garder sa liberté de diagnostic.
La rémunération doit couvrir cette continuité : analyse, relations, coordination et suivi. La mesure doit examiner l’exactitude des descriptions, la pertinence des sollicitations et les relations construites. Pour les réponses d’IA, cela implique des questions définies à l’avance, des observations répétées et des résultats datés. Vingt essais pour obtenir une citation flatteuse mesurent surtout la patience du présentateur.
Appeler ce professionnel « Agent de marques » engage donc l’entreprise autant que son prestataire. Elle lui confie une responsabilité et accepte qu’il exerce son jugement, y compris contre son envie de communiquer. À défaut, le nouveau titre servira à ajouter cinq missions au forfait existant. Le métier aura changé de nom. Le devis, lui, sera resté attaché au passé.
Bruno SANVOISIN
Pour aller plus loin
- Google France, Lancement des Aperçus IA et du Mode IA dans la Recherche Google en France, 22 juillet 2026. Annonce de l’entreprise sur ses produits.
- Google Search Central, Optimizing your website for generative AI features on Google Search, documentation mise à jour le 10 juillet 2026, consultée le 10 octobre 2026.
- Pew Research Center, Athena Chapekis et Anna Lieb, Google users are less likely to click on links when an AI summary appears in the results, 22 juillet 2025. Navigation de mars 2025 de 900 adultes aux États-Unis ; collecte des résultats du 7 au 17 avril 2025.
- ICCO, ICCO Launches World PR Report 2025–2026, 26 mai 2026. Présentation d’une enquête auprès de professionnels des relations publics.








